Usines à Saint Ouen - Philippe LOPEZ/AFP pour le Nouvel Obs

Conversation autour d’une usine de bitume, un filtre de hotte, une piscine et un jardin

Par Sébastien P.

En réponse à l’article du 18 janvier concernant BASE (groupe de gauche alternatif : »Bouguenais Agir Solidaires Ecologie)

PS : Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite  

« IO : Bonjour Sébastien !!!

SP : Bonjour Isabelle!!!

IO : On a pu lire dans la Presse dernièrement que le déplacement de la centrale d’enrobé de la carrière des Maraichères sur le site de l’iFSTTAR (renommé Université Gustave Eiffel depuis le 01 janvier) est nécessaire pour préserver les habitants de la Gilarderie, du Rolly et de la Croix Jeannette. C’est vrai que de voir cette vieille centrale fermée, c’est une bonne chose, non?

SP : Je suis tout à fait d’accord, cette centrale en bout de vie doit fermer. 

Elle date de 1978, fonctionne au fioul lourd, à ciel ouvert, à 250 m, 300 m de deux villages de la commune. 

Bien que mise aux normes actuelles, elle génère des fumées, des poussières, des polluants réglementaires, du bruit et des odeurs. 

Toutes ces nuisances pourrissent la vie de riverains depuis de trop longues années. 

IO : En quoi la centrale prévue sur le site de l’IFSTTAR serait mieux? 

SP : Sur le papier elle sera plus vertueuse : capotage des installations pour réduire les bruits et les poussières, tunnel de chargement et filtre à charbon sur les évents des cuves à bitume pour limiter les dispersions des odeurs, silo de stockage des granulats pour éviter le bruit des engins de chargement et les poussières…. mais nous parlons d’une technologie vieille de 10 ans déjà et bien loin des centrales très haut de gamme existant aujourd’hui.

Par contre, de nombreux sujets restent à traiter comme les problèmes de circulation et d’entrée et de sortie de site, les nuisances sonores liées au travail de nuit 30 fois dans l’année, du week-end, l’unité de concassage annoncée pour 2 à 3 semaines dans l’année, mais dont la demande d’autorisation porte sur 6 semaines…..

IO : C’est quand même mieux!!!!!

SP : Réduire et limiter ne veux pas dire pas de nuisances!!!!! 

Les odeurs seront toujours très présentes par plafonds nuageux bas et par temps humide. La cheminée de 30m n’y fera rien.

Les mesures prises ne fonctionneront que si la maintenance et les procédures d’exploitation sont strictement respectées. 

Deux exemples :

Le chargement des camions doit s’opérer dans un tunnel de chargement formant sas.

Le camion doit être bâché après chargement avant de sortir de l’installation.

Cela ne marche que si les portes du sas sont en bon état de fonctionnement et que le chauffeur du camion prend le temps de mettre sa bâche sur son chargement.

On le voit aujourd’hui sur la carrière des Maraichers, il n’est pas rare de voir des camions avec leur chargement à l’air libre : soit parce que le mécanisme de bâche est défectueux, soit parce que le chauffeur ne respecte pas les consignes.

OI : Mais Colas peut faire respecter cette consigne à ces chauffeurs?

SP : Pas toujours, Colas est la plupart du temps fournisseur d’enrobé pour d’autres entreprises de Travaux Public. Elle ne maîtrise donc pas l’état du matériel de ses clients et n’a aucun pouvoir coercitif sur eux. Au risque de les voir partir à la concurrence.

Et puis, quand le camion est chargé et que l’on aperçoit que le mécanisme de bâchage ne fonctionne pas, il faut bien vider le camion… Alors on le laisse partir vers le chantier.

Autre exemple, les filtres à charbon des cuves de bitume. 

C’est ni plus, ni moins que le fonctionnement du filtre de ta hotte de cuisine : cela ne marche que quand le filtre n’est pas saturé de graisse et qu’il est nettoyé et qu’il est remplacé régulièrement. 

Toi comme moi Isa, on n’est pas à astiquer cet élément de filtration tous les jours. On remplace les filtres régulièrement, on les passe au lave vaisselle ou pas. Moi perso, c’est pas toujours à date fixe et puis entre les deux, je nettoie quand cela commence à vraiment sentir et que cela devient difficilement supportable. Entre les deux c’est tolérable…. ou on s’habitue….

IO : Donc c’est dépendant de l’usage de la centrale. Mais Colas a bien dit qu’il y aurait un atelier de pilotage et avoir un droit de regard sur ce qui se fait ?

SP : Oui, ils s’y sont engagés. On aura le droit de faire nos remarques et de voir avec l’exploitant comment améliorer les choses. Mais là encore, à part constater les nuisances liées à des défauts l’usage et non au process…

Cela va tourner à la présentation d’excuse, au « On va faire attention » et puis après….

IO : Justement les rejets de la centrale? Il parait que la réglementation a changé?

SP : oui c’est vrai, « le droit à polluer » de ce type d’installation à changé le 09 Avril 2019. 

IO : En même temps que le PLUM?

SP : Non je ne crois pas. J’ose espérer que c’est un concours de circonstance!!!! 

Les valeurs admises sont depuis cette date plus contraignantes en termes d’émissions tolérées. 

C’est pour cela que la procédure de classement environnemental a été abaissée par les autorités compétentes à renseigner. 

Aussi, maintenant, une entreprise qui souhaite construire ce type d’installation n’a plus l’obligation de réaliser une étude d’impact environnemental sur la faune, la flore et les organismes….      

IO : Mais Colas a fait des études sur demande des riverains? 

SP : Oui, lors des réunions d’information publique, il a été demandé à l’entreprise de réaliser des études d’impact. Colas nous a rappelé qu’il n’en avait pas obligation, mais qu’ils acceptaient de présenter mi décembre une étude de dispersion de polluants. 

C’est un modèle informatique qui explique que grâce à la cheminée de 30m et l’effets des vents, les polluants allaient être dilués dans l’air et que, par conséquent, les quantités respirées, ingérées sont bien en dessous du seuil des Valeurs Toxiques de Référence.

IO : Donc tout va bien!!! C’est pas dangereux.

SP :  C’ est certes inférieur, mais dans l’ordre du seuil. Pas 10 ou 100 fois moins. Compte tenu du degré d’incertitude des résultats de la modélisation (qui n’est pas quantifié par l’étude). Tu comprendras que je ne suis pas tout à fait rassuré. 

IO : tu disais tout à l’heure que la norme avait changé et que les quantités de produits autorisés à être rejetés étaient moindres 

SP : Là encore, cela dépend de quel côté tu regardes. 

Sur la base des chiffres de l’arrêté du 09 Avril 2019, en première approche documentaire et mathématique, faute de chiffres communiqués par Colas.

Une centrale d’enrobé émettrait 52 000 m3/h de production de rejets dans l’atmosphère.

Pour une production annoncée de 140 000 T/an et 609 h de fonctionnement annuel. Cela ferait 31 millions de m3 de fumées rejetées soit le volume de 8 700 piscines olympiques!!!!!

Le « droit à polluer », c’est-à-dire les quantités maximum de produits nocifs autorisées à être dispersées seraient du 15,8 tonnes de monoxyde de carbone, 9,5 tonnes d’Oxyde de souffre, 11 tonnes d’oxyde d’azote, 3,5 tonnes de Composés Organique Volatiles,  dont 38 kg de CMR (agents cancérogènes, mutagènes ou toxiques) et environ 4 kg de Hydrocarbure Aromatique Polycyclique (HAP), produit hautement cancérigène. Et je ne parle pas des métaux lourd tels que le Chrome, le Plomb, l’Arsenic, l’Antimoine….

Ces chiffres sont une approche, et sont des seuils maximum…. Ce n’est pas nécessairement ce qui va sortir de la cheminée. 

Pour rappel, la demande d’autorisation de Colas porte sur une production de 250 000 T/an soit 70% de plus que la production annoncée.

Nous parlons ici de rejet de fonctionnement normal. Quelles émissions en cas d’accident technologique? Personne ne nous a rien dit.

IO : Oui , mais il y a des contrôles, des mesures!!!!

SP : Oui, réglementairement une fois par an sur le principe de la déclaration. Colas va missionner un organisme pour faire des mesures de rejets et en transmettre les résultats aux services de l’environnement pour monter que tout va bien. 

Pas de contrôle inopiné de ces organismes, pas de capteurs de polluants que ce soit sur l’installation, ou à proximité des riverains…

Nous sommes sur de l’auto-contrôle et du déclaratif. 

IO : OK, mais si c’est réglementé, c’est donc que c’est pas dangereux et puis la cheminée de 30 m est là pour cela en envoyant ces produits plus loin. 

SP : Je reprends mon exemple de piscine olympique. 

On saura que j’ai fait pipi dedans si je me mets au bord à la vue de tous. 

Par contre, si je me mets bien au milieu de la piscine, au milieu du grand volume d’eau, tout va être dilué. 

Enfin, si on est plusieurs à faire pipi dans la piscine et que quelqu’un s’en aperçoit, chacun pourra dire : « c’est pas moi c’est lui !!!!!! »

IO : Moi je vais à la piscine, il y a des gamins qui font pipi dedans et je ne suis pas malade.

SP : S’il n’y en a qu’un oui, mais si on a Pierre, Paul, Jacques et son petit frère qui s’y mettent, tu risques de multiplier les éléments pathogènes : c’est l’effet Cocktail! 

Aujourd’hui Colas vient s’installer sur une zone récemment classé UEi par le PLUM de Nantes Metropole. 

Ce site, occupé par l’IFSTTAR (qui n’est pas propriétaire du terrain : c’est l’Etat), est maintenant dédié à l’accueil d’usines susceptibles de générer de nuisances et des risques. Pour faire simple on est sur une zone Industrielle pour industries lourdes. On pourrait y reproduire Donges…

Sur ces 66 hectares, tout un chacun peut y venir installer sa petite cheminée avec son petit droit à polluer réglementaire…. chaque fois que l’Etat décidera de vendre un bout de parcelle. 

C’est ce qui s’est produit en 2014 avec la moitié de la parcelle de Colas, qui a été achetée à l’époque par Nantes Métropole. 

IO : Il faut bien mettre ces usines quelque part, on a besoin d’emplois et puis comme on a pu le lire la Métropole a besoin de routes et de trottoirs. Les usines d’enrobé doivent être proches des zones d’urbanisation.

SP : Aujourd’hui Nantes Métropole totalise 44 zones industrielles UEi pour une surface totale 1 482 Ha soit 2 117 terrains de foot!!!! 

Bien que l’activité soit soutenue, nous sommes loin d’avoir remplis tous ces espaces. 

Des usines d’enrobé autour de Nantes , il y en a 5 : Héric du groupe Landais, Vertou de l’entreprise Eurovia groupe Vinci , Clisson de l’entreprise Blanloeil  groupe Nivet, Bouguenais de l’entreprise Colas groupe Bouygues et Saint Herblain de l’entreprise SATR. 

Plus loin, mais toujours à moins d’une heure de route de Nantes, nous avons la centrale d’enrobé de Challans pour desservir la zone Sud Ouest de Nantes

Le site de l’IFSTTAR, au milieu de ces zones humides, de ces forêts urbaines, à proximité de terres de cultures biologiques, de ces vignobles, de ces villages classés au PLUM en secteurs protégés, de ces centres de loisirs, des centres bourg de Bouaye, Bouguenais et Saint Aignan de Grandlieu, de leurs lieux de vie, de commerce et d’activité, de leurs écoles, leurs maisons de retraites, est-il le plus adapté à accueillir cette zone UEi et cette usine de production de Bitume pour ouvrir le bal des nuisances?

Je ne le pense pas.

En tout cas, pas dans ce jardin, ni un autre. 

Les emplacements susceptibles d’accueillir ce genre d’industrie existent. Il est important de gérer l’implantation de ces usines dangereuses au niveau Métropolitain. »